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Les langues à l'ESL. Focus Catalan. Entretien Michel Martínez

Michel Martínez. Enseignant chercheur - Maître de conférences Langues et littératures romanes


Comment est venue l’idée de proposer un stage d’initiation au catalan ?

 
Michel Martínez (MM): Cela fait trois ans maintenant que les Relations Internationales et l’ESL (plus précisément, les deux premières années, il s’agissait de l’Institut Européen du Droit, qui est devenu ESL) proposent un stage d’initiation au catalan aux étudiants partant en mobilité dans une université de langue catalane : Barcelone, Palma de Majorque, Valence… Ce stage s’insère dans le dispositif de préparation linguistique (espagnol, anglais…) proposé à l’ensemble des étudiants d’UT1 partant en Erasmus à la rentrée prochaine. Par ailleurs, le Département des Langues et Civilisations (DLC) d’UT1-Capitole propose un Module d’Initiation au Catalan (MIC) tout au long de l’année. Notre université est donc l’une des 21 universités françaises à proposer des enseignements de catalan.
L’ESL et les Relations Internationales ont mis à profit cette spécificité pour les étudiants susceptibles d’être intéressés à la veille de leur mobilité.

Justement, en quoi le stage de catalan peut intéresser les étudiants de l’ESL ?

MM: Même s’il est ouvert et gratuit pour tous les étudiants qui partiront dans une région catalanophone, le stage s’adresse tout particulièrement aux étudiants des Doubles Diplômes espagnols (UT1/UAB et UT1/Université de Valence) ainsi qu’aux étudiants de la Licence Droit Espagnol (Parcours Monde hispanique) qui ont fait le choix d’une université de langue catalane pour leur mobilité obligatoire de troisième année. Ces étudiants de l’ESL ont déjà un excellent niveau en espagnol et vont être au contact du catalan pendant leur séjour. Le catalan étant une langue « passerelle » entre le français et le castillan, ils peuvent s’y initier sans grande difficulté. De plus, pour les Toulousains qui auraient suivi des enseignements d’occitan dans le primaire (calandreta) ou le secondaire, la prise de contact avec le catalan sera d’autant plus naturelle car ces deux langues sont extrêmement proches.

Est-il nécessaire d’être initié au catalan avant de partir ?

MM : Oui, je le pense, mais pas forcément pour des raisons académiques. Le catalan n’est pas obligatoire sur les campus catalans mais c’est la langue « principale » des universités catalanes, valenciennes et majorquines. Par défaut, tous les services administratifs fonctionnent en catalan, tous les panneaux sont en catalan, toute la communication officielle avec les étudiants se fait dans cette langue. Vous n’êtes pas obligé de la parler, encore moins de l’écrire car l’espagnol y est aussi une langue officielle, mais il vaut mieux avoir quelques clefs pour déchiffrer l’environnement dans lequel vous allez évoluer dès votre arrivée. Par ailleurs, si vous voulez profiter pleinement de la vie culturelle du campus et de la ville dans laquelle vous allez séjourner pendant un ou deux ans, vous ne pouvez pas vous permettre, à mon avis, de vous fermer des portes en restant imperméable au catalan. Sans compter que de bonnes notions de catalan (au moins passives) sont un réel atout dans un projet professionnel qui se rêverait à cheval entre la France et la Catalogne, l’Andorre, les Baléares, Valence…

Voulez-vous dire que les étudiants toulousains vont suivre des cours de droit en catalan dès leur arrivée?

MM : Non, la convention avec l’UAB est très claire à ce sujet. De plus, toutes les précautions sont prises pour que nos étudiants soient inscrits dans des groupes hispanophones. En revanche, on n’est jamais à l’abri d’un changement de groupe ou d’enseignant, voire d’un problème d’emploi du temps qui obligerait un étudiant d’UT1 à suivre un cours en catalan. Si cela arrive, il ne faut pas s’en faire une montagne car, j’insiste, le catalan est une langue proche du castillan et du français. L’adaptation sera peut-être un peu plus longue qu’en espagnol, mais l’effort sera récompensé car vous aurez acquis des compétences dans une langue qui a un poids non négligeable en Espagne.
Par rapport à la langue d’enseignement des universités, il faut savoir que les enseignants sont libres de faire cours dans l’une des deux langues officielles de la Catalogne (catalan et castillan) et que la présence d’étudiants étrangers conditionne rarement ce choix. Les enseignants peuvent refuser de faire cours en espagnol même si un étudiant le demande et il ne faut pas forcément y voir une revendication politique, encore moins un rejet envers l’étudiant hispanophone ou étranger. Au Québec, cet acte serait comparable à celui d’un professeur francophone qui refuserait de faire cours en anglais pour une minorité d’étudiants anglophones. Nous pouvons penser ce que nous voulons de cette démarche mais, à mon sens, nous n’avons pas à porter de jugement car il pourrait être faussé par notre regard français très éloigné des modèles plurilingues canadien ou espagnol.

C’est donc un « kit de survie » que vous proposez à vos étudiants ?

MM : Non, je n’irai pas jusque-là. Les étudiants n’ayant pas suivi mon stage de catalan auront tous les outils pour réussir leur mobilité. Pour ceux qui en éprouveraient le besoin, rappelons que toutes les universités catalanes proposent des cours de catalan et d’espagnol gratuits aux Erasmus à leur arrivée. Je ne peux qu’encourager les étudiants de l’ESL à suivre les cours de catalan pour toutes les raisons évoquées plus haut. Pour ma part, au cours des 15 heures de stage, je propose une familiarisation avec la langue catalane (écrite et orale), une première approche basée sur les aspects pratiques de la vie quotidienne sur un campus catalan (présentation, exposé de son parcours académique) mais aussi en ville (recherche d’appartement, recherche d’itinéraires dans les transports urbains…). Les étudiants partent ainsi rassurés et le catalan cesse pour eux d’être une source d’angoisses. Rappelons qu’à leur retour, l’immense majorité des étudiants dresse un portrait extrêmement positif de leur séjour à Barcelone et que le catalan n’est plus du tout perçu comme un problème, bien au contraire.

Mise à jour le 3 juin 2015


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